LA JOURNÉE DE VILLE-ÉVRARD

PASSAGE A L’ACTE, Origine et franchissement

La montée de la judiciarisation de la médecine et de la psychiatrie accentue la responsabilité de ses acteurs au point de réduire parfois la clinique d’urgence à ce seul risque. Les tentatives d’approche statistique ne donnent aucune indication sur le passage à l’acte comme tel. Pour les homicides, les chiffres génèrent des polémiques mais ne nous apprennent rien du passage à l’acte.

Qu’est-ce qui conduit quelqu’un à vouloir cesser de vivre, peut-on savoir quelque-chose du passage à l’acte d’un sujet avant qu’il ne le fasse ? Seule une clinique du sujet qui consent à en parler laisse quelques chances d’entendre une intention meurtrière, des idées suicidaires. Il y eut à Bonneval1 en 1986, un colloque dont la contribution majeure fut l’article de Jacques-Alain Miller sur le passage à l’acte qui éclaire à la fois le concept introduit par la psychiatrie et sa reprise par Lacan au long de son enseignement. Ce texte est essentiel pour ouvrir la question de cette année et je vous propose de nous y reporter. Lacan a consacré un Séminaire2 à chercher à définir le passage à l’acte à partir de l’acte analytique. Le passage à l’acte, « dépsychiatrisé », dévoile la structure foncière de l’acte, note J.-A. Miller.

L’expérience analytique montre l’impasse de la pensée (le refoulement) alors que l’acte trouve « une passe » pour s’accomplir. Une analyse ne cherche pas ce type de mutation subjective propre au passage à l’acte, mais privilégie son interprétation.

Le Séminaire, l’Ethique de la psychanalyse3 le démontre, en tant que l’éthique ne concerne pas la pensée mais les actes, en tant que ce que l’on fait est susceptible d’un jugement. Présent dans la clinique sous la forme de l’inhibition, de l’atermoiement, et de la hâte en une précipitation à agir. Il y a donc antinomie entre la pensée et l’action, comme l’illustre la névrose obsessionnelle.

L’action publique, et c’est le pari des démocrates, suppose une visée d’utilité, celle du bien de l’autre. Ce que la clinique nous apprend c’est que le sujet, à l’inverse, peut vouloir se nuire jusqu’au suicide. Pour Lacan, le suicide, quel qu’il soit, apparaît comme le paradigme de l’acte, car tout acte comporte une part de « suicide du sujet ». L’acte opère une mutation du sujet qui n’est plus le même après qu’avant. J.-A. Miller pousse l’argument jusqu’à la transgression. Tout acte vrai suppose un franchissement, une infraction à la loi, à un code, pour « avoir une chance de remanier le codage ».

Que l’acte soit « suicide du sujet » est conforme avec le Freud de la pulsion de mort. Le suicide rejoint en court-circuit cette zone au-delà du plaisir que Lacan a appelé jouissance.

Refus de guérir au nom du symptôme, suicide au nom de l’idéal ou de l’héroïsme, c’est tout de même la question de la jouissance, au cœur de l’être, qui est en jeu dans une affirmation désespérée. Dans le crime, fût-il immotivé, une jouissance nocive de l’Autre est visée, que l’on retrouve aussi dans le racisme.
Poser la question de l’acte à partir du passage à l’acte montre que le sujet se soustrait aux équivoques de la parole, il fait l’impasse sur l’Autre. Il y a un NON au cœur de tout acte, un non proféré envers l’Autre. Cela suppose de séparer rigoureusement passage à l’acte et acting out, terme introduit par la psychanalyse, pour souligner que ce dernier se passe toujours sur une scène, celle d’un échange parlé avec un tiers, thérapeute ou autre, qui expose l’action du sujet au regard de l’Autre. Dans le passage à l’acte au contraire, il y a disparition de la scène et le sujet est éventuellement mort, et comme tel regardera les autres et leur posera sa question (pourquoi suis-je passé à l’acte ?). Lacan avait commencé en parlant de l’autopunition accomplie par l’acte d’Aimée et soulignant que l’acte est toujours auto en tant qu’il sépare de l’Autre. En déclarant plus tard que le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même, Lacan donne à son acte la même structure que le suicide, seul acte réussi, mais l’y oppose en tant que foncièrement manqué.
Si l’essence de la pensée c’est le doute (comme dans la névrose obsessionnelle) l’essence de l’acte c’est plutôt la certitude. C’est ce qui se joue dans l’interprétation de l’analyste.
Que l’acte soit muet n’empêche pas de considérer ses liens au langage dans sa dimension de franchissement, comme l’illustre le franchissement du Rubicon. C’est ce qui justifie la définition de Lacan que l’acte a toujours « lieu d’un dire ». J.-D.M.

1. Colloque sur le passage à l’acte publié initialement dans « Actualités psychiatriques », 1986
2. Lacan, J., Séminaire, L’acte psychanalytique, Livre XV, 1967-68, inédit.
3. Lacan, J., Séminaire , L’Éthique de la psychanalyse, Livre VII, 1959-60, Seuil, Paris.

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