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La Journée de Ville-Evrard

Le corps en souffrance dans les psychoses

Des phénomènes cliniques qui impliquent le corps dans les psychoses chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte sont multiples, discrets ou massifs, ils indiquent le rapport que le sujet entretient avec le langage : perplexité, angoisse, certitude, croyance ou incroyance. Plus encore la manière dont l’organisme a été percuté par lalangue organisant l’activité pulsionnelle, ce qu’il en reste où ce qui s’y refuse.


L’invention freudienne a montré comment la parole peut agir sur le corps, ce qu’il en manifeste quand elle s’absente, mais aussi sa limite quand le narcissisme ferme toute issue vers l’altérité. A chaque période de son enseignement, Jacques Lacan a donné toute sa force à ce lien entre le corps et le langage, jusqu’à sa définition du parlêtre qui les noue.


Avoir un corps, c’est la condition du parlêtre. Toutefois les relations que le sujet entretient avec lui conditionnent ses symptômes, le rapport aux organes dans les registres du réel, de l’imaginaire et du symbolique.


Pour le névrosé, le fait d’habiter le langage en fait un organe pour son corps. Il est réduit dès lors à « trouver que son corps n’est pas sans autres organes, et que leur fonction à chacun, lui fait problème, – ce dont le dit schizophrénique se spécifie d’être pris sans le secours d’aucun discours établi ». 1

Déjà dans Radiophonie, Lacan redéfinissait les relations du corps et du langage.


« Mais c’est incorporé que la structure fait l’affect, ni plus ni moins, affect seulement à prendre de ce qui de l’être s’articule, n’y ayant qu’être de fait, soit d’être dit de quelque

part. » 2


Naguère , c’est par l’image de ce corps que s’introduisait la symbolisation pour le petit d’homme pour Lacan du Stade du miroir. La primauté donnée ensuite au signifiant mettait l’accent sur l’attribution des éléments du corps par l’Autre. Dans ces deux conceptions, c’est l’échec du processus qui laissait un sujet en plan, voir mort d’être laissé tomber, comme il n’est pas rare d’en entendre témoigner dans les psychoses.


Très tôt le Dr Lacan fut sensible à cette dimension du corps du sujet psychotique et les instruments qu’il forge depuis le Stade du miroir accompagnent son élaboration clinique : image du corps, symbolisation, béance de structure, faille épistémo-somatique, sont des instruments pour saisir les spécificités du corps souffrant dans la psychose. Corps en souffrance parce que sans amarre symbolique, corps tiraillé dans un imaginaire réel qui ne lui donne aucun repos.


S’il faut l’expérience de la psychanalyse pour permettre de saisir ce qu’a été la morsure de lalangue sur le corps, de nombreux symptômes, comportements, participent d’une clinique éclairée par la psychanalyse.


Avec Joyce, la raclée et le corps comme pelure, Lacan avait isolé les effets d’une rencontre désastreuse du sujet Joyce dont seul son travail sur la langue permettront de tempérer les effets en en faisant sinthome.


En mettant l’accent sur la jouissance en jeu dès qu’il est question du corps (cf. le « En – corps »), la dimension du symptôme va au-delà de son acception dans les névroses et les psychoses dans une clinique orientée par le Nom-du-Père.


Des phénomènes tels que les PPS (« Phénomène Psycho-Somatique » proposé par J.-A. Miller), mais aussi toute les pratiques de marquage des corps, du tatouage, du percing, aux scarifications, ou autres atteintes qui peuvent aller jusqu’à la castration réelle, peuvent dès lors être abordés à partir des tentatives de se faire un corps, quand on n’en a pas. Ailleurs, les tentatives pour habiller une forme vide, cas décrit par Lacan, permettent d’aborder les conséquences des troubles alimentaires, ou des toxicomanies sur le corps, comme cela se manifestent dans certaines psychoses contemporaines.


Nous serons donc attentifs cette année à développer cette clinique du corps et des organes et à la relation que le discours autorise ou non entre les deux. La perplexité peut cibler l’existence d’un organe en plus ou en moins, la certitude peut ancrer un symptôme hypochondriaque ou encore soutenir une transformation dans l’autre sexe (pousse à la femme, transvestisme, transgenres).


L’évolution des pratiques psychiatriques dans les hôpitaux a fait apparaître des pathologies physiques ignorées parce que muettes, sans plainte. De même la généralisation de l’usage des psychotropes a produit des effets secondaires spécifiques qui interfèrent avec les corps souffrants dans la psychose. Notre attention clinique devra en tenir compte en distinguant les différents signes qui affectent le corps du parlêtre quand sa plainte peut n’être réduite qu’à une douleur morale, à une souffrance des organes « sans le secours d’un discours établi ».



Jean-Daniel Matet



1. Lacan, J., L’Étourdit, p.30-31, Scilicet 4, 1972, Seuil, Paris.

2. Lacan, J., Radiophonie p. 61, Scilicet 2/3, 1970, Seuil, Paris.

Enseignants
Dr. Agnès Aflalo , Mme Marie-José Asnoun, M. Philippe Bénichou, M. Laurent Dupont, Dr. Fabien Grasser , Mme Nathalie Georges-Lambrichs, Dr Ligia Gorini , 
Dr. Dominique Laurent , Mme Anaëlle Lebovits-Quenehen , Dr. François Leguil , Dr. Jean-Daniel Matet , Dr. Yves-Claude Stavy , M. David Yemal , Dr. Herbert Wachsberger
Une journée par mois
Le vendredi
Hôpital de Ville-Evrard - Salle la Chapelle 
(avec le concours des services des 
Drs D. Boilet et Sylvia Rener) 
202, avenue Jean Jaurès - 93330 Neuilly sur Marne TRANSPORT : RER ligne A arrêt : Neuilly-Plaisance, puis bus 113 : arrêt Ville-Evrard
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