LA JOURNÉE DE VILLE-ÉVRARD

La sexuation : désir, volonté, destin

Ce que nous apprenons de la clinique des parlêtres sur la manière du sujet d’habiter son corps masculin, féminin voire neutre, nous fait obligation d’en transmettre les résultats. Clinique d’un réel toujours en marche, dans son lien aux discours d’une époque, et particulièrement aujourd’hui aux effets de la science. Lacan l’avait anticipé et nous permet de disposer avec le discours de l’analyste d’un instrument puissant pour nous y orienter. L’anatomie ne suffit pas à définir le destin des êtres parlants quant à l’usage de leur corps, de leur jouissance. Leur désir non plus aussi « furet » se fasse-t-il dans sa dimension symbolique. La forme du corps qui dote une partie de l’humanité d’un pénis ne suffit plus à en définir l’identité de genre. Quiconque, doté ou non de l’appendice, peut s’annoncer pourvu d’un phallus, se positionnant dans le registre masculin ou féminin, comme les formules de la sexuation de Lacan dans le Séminaire Encore en donnent la richesse.

La lecture des symptômes cliniques ne se satisfait plus dès lors de la « norme mâle » et nous conduit à une attention renforcée au dire de celui ou celle qui nous les présente. Ainsi l’obsession n’est plus un privilège du sujet masculin. Serge Cottet avait développé ce paradoxe chez des sujets féminins présentant des idées fixes ou des TOC, qui sont devenus une entité trans clinique, rencontrés aussi bien dans la schizophrénie, l’autisme ou la névrose. Le rituel de la patiente d’Abraham qui s’habillait chaque nuit impeccablement, tirée à quatre épingles comme si elle attendait la mort, nous rappelle qu’une identification au père mort n’exclut pas la mélancolie.

La superposition de symptômes obsessionnels se rencontre donc dans la psychose, suppléance par le doute dans un cas d’Hanna Segal, une structure paranoïde chez un homme qui passait deux heures par jour à résoudre un dilemme :
va-t-il prendre un bain dans sa baignoire ou taper à la machine à écrire ? Ou encore une femme notoirement paranoïaque décrivant un rituel immuable au moment de l’apéritif :
les pistaches et des cacahuètes toujours avant les noix sinon rien. Serge Cottet rappelle encore le commentaire que fait Jacques-Alain Miller dans Portrait de l’artiste de Joyce : l’ego de Joyce en tant qu’il est construit « comme un portrait »,
un imaginaire de sécurité est un moi obsessionnel. Si « construire sa vie »
est aujourd’hui une sorte d’idéal social, les symptômes ont un bel avenir. Souvenons-nous encore de l’épisode obsessionnel de la névrose infantile de l’Homme aux loups qui doit être reconsidéré à lumière de son déclenchement paranoïaque en 1926.

Les revendications « transidentitaires » nous conduisent à revisiter ces cas où la question est posée. Hommage en passant aux premiers travaux de la Section clinique dont le livre de Catherine Millot « Horsexe »2 avait repris des points essentiels d’un débat vif et clivant sur la structure et la jouissance.

Une place singulière était faite aux sujets qui témoignent d’une volonté de transformation de leur anatomie, imposant l’idée d’une transition exigée par l’erreur de la nature concernant l’attribution sexuelle. Le rappel des castrations exigées dans certaines sectes, ou plus récemment les demandes d’amputation de membres sains pour obtenir une nouvelle intégrité, comme l’affirment certains sujets, témoignent du desserrement du lien des corps à leur conception divine, mais aussi de la promotion d’une marchandisation de ces corps qu’un moi exigeant tente de plier à sa volonté. La revendication s’installe d’un libre-service chirurgical qui passerait outre les différents filtres des comités prônés par la médecine pour se protéger des excès — ceux de la demande comme ceux de la réponse. Elle rencontre aussi bien les nouveaux slogans nés de la pandémie qui revendiquent l’appartenance exclusive de son corps les empruntant abusivement au combat féministe contre le viol pour contester l’obligation vaccinale.

La mode a cherché alternativement à imposer une version unisexe du vêtement, mais à d’autres saisons renforçant l’hyper – femme ou la virilité affirmée, paradoxe allant jusqu’à la nudité pour susciter l’envie du costume.

Le temps qui attribuait un habitus définitif d’homme ou de femme pour la vie est révolu et la clinique analytique démontre la dynamique dans laquelle un sujet est pris pour soutenir son rapport au désir et à la jouissance. C’est une des raisons qui ne permet pas d’accepter que la demande transsexuelle de jeunes enfants soit prise à la lettre sans leur laisser une chance d’en élaborer la portée, comme ils l’attestent eux-mêmes au sortir de l’enfance.

Introduire une temporalité logique dans la lecture de la clinique de la sexuation pourra nous servir de boussole des travaux de cette année.

Jean-Daniel Matet

1. Cottet, S., « A propos de la névrose obsessionnelle féminine », La Cause du désir, 200/3, p. 63-74
2. Millot, C., Horsexe, Essai sur le transsexualisme, Point hors ligne, 1983

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