L'Après-midi de la Section Clinique

L’illustration au service des mots

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Léonor Matet est iconographe indépendante et au magazine Polka.

Après des études en histoire de l’art, et deux ans passés à La maison rouge – Fondation Antoine de Galbert, elle s’est occupée de la production des expositions au sein de l’agence Magnum Photos, de la coordination éditoriale de L’Œil de la Photographie, avant de rejoindre l’équipe de Polka, un magazine trimestriel consacré à la photographie qui témoigne, explique, décrypte l’actualité.

© Charlotte Duvaldestin.

 

 

Rencontre avec Léonor Matet,
iconographe et rédactrice.
Depuis plus de dix ans, Léonor Matet apporte une touche visuelle et son regard d’iconographe pour illustrer les thèmes proposés par la Section Clinique-Paris-Ile de France pour sa journée d’étude annuelle. Par ailleurs, dans La Cause du Désir, elle s’est vue confiée une rubrique, « La Pause du Désir » et offre, par le biais de quelques images publiées tout au long de la revue et d’un texte de présentation, d’aller à la rencontre d’univers photographiques d’artistes dont le travail entre en résonnance avec le thème du numéro. Rencontre.

Anaëlle Lebovits-Quenehen : Depuis des années, c’est vous qui inventez les affiches de la Journée annuelle de la section clinique Paris-Ile-de-France. Vous avez aussi proposé des photos dans un certain nombre de numéros de La Cause du désir dans la rubrique “La pause du désir”. Comment procédez-vous pour en interpréter les thèmes de travail ? Les appréhendez-vous à partir des photographes que vous connaissez déjà, ou allez-vous en chercher de nouveaux ? Et une fois lancée dans vos recherches, nous diriez-vous ce qui l’emporte et vous fait penser à un moment : “c’est ça !”, “c’est ce photographe”, et dans son œuvre, “ces photos-ci pour ce thème-là” ?

Léonor Matet : Tout d’abord, je voudrais revenir très succinctement sur les deux projets que vous évoquez, que je pourrais qualifier de « missions », pour lesquelles j’ai apporté mon expertise iconographique. Ces deux projets sont à la fois très similaires, par bien des aspects, et également dans leur modalité de recherche, mais leur appréhension est différente. Car d’un côté, il y a les affiches que je réalise pour la Journée annuelle de la section clinique Paris-IDF, pour lesquelles, une fois par an, et ce depuis plus de dix ans, je choisis une image. Une seule photographie qui prend alors le statut d’illustration, pour communiquer autour de l’événement. Communiquer au mieux, avec, à l’esprit, le titre précis que l’on m’a préalablement transmis.

Quant à ma participation à la revue La Cause du Désir, je me suis vue confier la rubrique « La Pause du Désir », qui permettait de faire découvrir le travail d’un photographe, en cinq images, publiées tout au long de la revue, et d’avoir un espace pour pouvoir présenter son œuvre. Et en cinq photos, accompagnées d’un texte, on peut déjà être transporté dans un univers et raconter une histoire. Et dans ce cas-ci, c’est le thème général de la revue qui m’oriente dans ma première phase de recherches. C’est une complémentarité très intéressante car on ne recherche pas une photographie de la même manière si elle doit tout dire en un seul champ visuel – et surtout ce que l’on veut lui faire dire – ou si l’on peut, même en survolant, s’immerger dans un travail qui rentre dans le thème d’un numéro.

Quant à la méthode de recherches, son processus est semblable. Le titre ou thème en tête, je passe d’abord en revue les travaux de photographes que je connais, qui me plaisent. L’envie de départ est toujours la même : faire découvrir des œuvres, avant même d’en interpréter leur contenu. Certaines photographies s’imposent à moi, rapidement après avoir pris connaissance du sujet. Ce sont le plus souvent des œuvres de photographes, soit que je connais et dont j’ai croisé la route au cours de ma carrière d’une manière ou d’une autre, dans des expositions, des foires photo, des festivals, des conférences…, mais si je ne suis pas convaincue, cela peut arriver que ce soit plus long. Dans les deux cas, j’effectue quoiqu’il en soit une recherche pour trouver la meilleure photo ou sélection. C’est très instinctif comme démarche, cela colle ou cela ne colle pas. Mais quand c’est évident, quand le « C’est ça ! » s’impose, je ne peux plus revenir en arrière ! Et je pense que c’est l’émotion qui prend le pas dans la décision, car il y a une approche sensorielle à la photographie qui est inéluctable. Puis, je contacte l’artiste, directement ou par l’intermédiaire de sa galerie, et je dois avouer que jusqu’à présent je n’ai essuyé qu’un seul refus. Ma demande est souvent très bien reçue, certes, car il est important pour une ou un photographe de diffuser son travail mais j’ai le sentiment que cela va bien au-delà. Ils sont curieux de sortir de leur terrain d’action habituel et intéressés par la rencontre d’un autre public. Il y a presque à chaque fois un enthousiasme manifesté qui accompagne leur accord. Celui de transporter leur œuvre dans le champ de la psychanalyse. Les liens sont ténus entre ces deux domaines et je crois sincèrement que c’est plus le sujet-artiste que le sujet-producteur d’images qui me répond avec un grand OUI !

Lisez-vous le titre qui y sera mis au travail plutôt littéralement ou plutôt en tapant à côté ? Cela varie-t-il ou avez-vous un penchant pour l’une ou l’autre de ces manières de proposer des photos non tant pour illustrer que déjà interpréter le thème de travail qu’annonce l’affiche ou que vos photos accompagnent, comme dans la revue ?

Je peux tout à fait dire que je lis le titre littéralement. Je suppose qu’il y a forcément une part d’interprétation, mais cela est-il incompatible ? Le thème de travail n’est pas interprété, alors que l’image l’est, puisque qu’elle vient appuyer une thématique, et non l’inverse. Je la fais s’adapter au mieux à la thématique, sans jamais dénaturer le sens premier de l’image ou l’intention du photographe. Pour que ce soit le plus juste possible, je la choisis souvent pour son universalité. En effet, son auteur témoigne, documente, interprète le monde à travers son objectif et en traduit sa vision subjective. Avec la photographie, plus qu’avec n’importe quel autre art, je suis très sensible à la relation qu’il établit avec son sujet à travers son approche du réel. Et c’est à partir de cette force liée à l’expérience du réel, souvent inconsciente d’ailleurs, que les deux disciplines – psychanalyse et photographie – s’assortissent de la sorte.

Mettre en regard images et concepts parfois pointus, mais toujours, il est vrai, articulés à la clinique, relève du défi, pour ne pas dire de l’impossible. N’est-ce pas justement ça, ce petit goût pour l’impossible, qui fait que vous y revenez ?

C’est un défi qui ne se heurte pas à l’impossible tant qu’il y a la saveur ! C’est justement cet appétit du challenge, l’envie de se surpasser qui m’anime. De plus, c’est un exercice stimulant de pouvoir proposer des éléments de langage en dehors de mon champ de connaissance en le transportant dans un autre. Cela m’apporte énormément. Il faut convaincre en une image ou série d’images, et ne pas en faire trop pour que l’image ne dévore pas le thème. Mais surtout lors de la rédaction des textes de présentation des travaux photographiques. Je ne suis pas habituée à manier des concepts psychanalytiques pour étayer mes propos. Mais au fil des mots, des descriptions, c’est tout à fait réjouissant et riche de flirter avec certains d’entre eux. Pour ma première participation à « La Cause du Désir » dont le thème était « Du concept dans la clinique », j’étais prise entre l’effroi de ne pas comprendre son sens, de vertiges face à la montagne qu’il fallait gravir, d’exaltation quand il s’est agi de trouver une série photo. Mais j’ai vite récupéré mon envie première, celle de simplement faire découvrir de merveilleuses œuvres et j’ai tout de suite pensé à une série que j’avais aperçue quelques temps auparavant en me promenant dans les allées de la foire Paris Photo… « Dans la poubelle de mon psy », s’intitulait-elle. Je trouvais que c’était une belle entrée en matière, faire un lien entre la photo et la psychanalyse.

 


 

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Rencontre avec Léonor Matet,
iconographe et rédactrice.
Depuis plus de dix ans, Léonor Matet apporte une touche visuelle et son regard d’iconographe pour illustrer les thèmes proposés par la Section Clinique-Paris-Ile de France pour sa journée d’étude annuelle. Par ailleurs, dans La Cause du Désir, elle s’est vue confiée une rubrique, « La Pause du Désir » et offre, par le biais de quelques images publiées tout au long de la revue et d’un texte de présentation, d’aller à la rencontre d’univers photographiques d’artistes dont le travail entre en résonnance avec le thème du numéro. Rencontre.

Anaëlle Lebovits-Quenehen : Depuis des années, c’est vous qui inventez les affiches de la Journée annuelle de la section clinique Paris-Ile-de-France. Vous avez aussi proposé des photos dans un certain nombre de numéros de La Cause du désir dans la rubrique “La pause du désir”. Comment procédez-vous pour en interpréter les thèmes de travail ? Les appréhendez-vous à partir des photographes que vous connaissez déjà, ou allez-vous en chercher de nouveaux ? Et une fois lancée dans vos recherches, nous diriez-vous ce qui l’emporte et vous fait penser à un moment : “c’est ça !”, “c’est ce photographe”, et dans son œuvre, “ces photos-ci pour ce thème-là” ?

Léonor Matet : Tout d’abord, je voudrais revenir très succinctement sur les deux projets que vous évoquez, que je pourrais qualifier de « missions », pour lesquelles j’ai apporté mon expertise iconographique. Ces deux projets sont à la fois très similaires, par bien des aspects, et également dans leur modalité de recherche, mais leur appréhension est différente. Car d’un côté, il y a les affiches que je réalise pour la Journée annuelle de la section clinique Paris-IDF, pour lesquelles, une fois par an, et ce depuis plus de dix ans, je choisis une image. Une seule photographie qui prend alors le statut d’illustration, pour communiquer autour de l’événement. Communiquer au mieux, avec, à l’esprit, le titre précis que l’on m’a préalablement transmis.

Quant à ma participation à la revue La Cause du Désir, je me suis vue confier la rubrique « La Pause du Désir », qui permettait de faire découvrir le travail d’un photographe, en cinq images, publiées tout au long de la revue, et d’avoir un espace pour pouvoir présenter son œuvre. Et en cinq photos, accompagnées d’un texte, on peut déjà être transporté dans un univers et raconter une histoire. Et dans ce cas-ci, c’est le thème général de la revue qui m’oriente dans ma première phase de recherches. C’est une complémentarité très intéressante car on ne recherche pas une photographie de la même manière si elle doit tout dire en un seul champ visuel – et surtout ce que l’on veut lui faire dire – ou si l’on peut, même en survolant, s’immerger dans un travail qui rentre dans le thème d’un numéro. Quant à la méthode de recherches, son processus est semblable. Le titre ou thème en tête, je passe d’abord en revue les travaux de photographes que je connais, qui me plaisent. L’envie de départ est toujours la même : faire découvrir des œuvres, avant même d’en interpréter leur contenu. Certaines photographies s’imposent à moi, rapidement après avoir pris connaissance du sujet. Ce sont le plus souvent des œuvres de photographes, soit que je connais et dont j’ai croisé la route au cours de ma carrière d’une manière ou d’une autre, dans des expositions, des foires photo, des festivals, des conférences…, mais si je ne suis pas convaincue, cela peut arriver que ce soit plus long. Dans les deux cas, j’effectue quoiqu’il en soit une recherche pour trouver la meilleure photo ou sélection. C’est très instinctif comme démarche, cela colle ou cela ne colle pas. Mais quand c’est évident, quand le « C’est ça ! » s’impose, je ne peux plus revenir en arrière ! Et je pense que c’est l’émotion qui prend le pas dans la décision, car il y a une approche sensorielle à la photographie qui est inéluctable. Puis, je contacte l’artiste, directement ou par l’intermédiaire de sa galerie, et je dois avouer que jusqu’à présent je n’ai essuyé qu’un seul refus. Ma demande est souvent très bien reçue, certes, car il est important pour une ou un photographe de diffuser son travail mais j’ai le sentiment que cela va bien au-delà. Ils sont curieux de sortir de leur terrain d’action habituel et intéressés par la rencontre d’un autre public. Il y a presque à chaque fois un enthousiasme manifesté qui accompagne leur accord. Celui de transporter leur œuvre dans le champ de la psychanalyse. Les liens sont ténus entre ces deux domaines et je crois sincèrement que c’est plus le sujet-artiste que le sujet-producteur d’images qui me répond avec un grand OUI !

Lisez-vous le titre qui y sera mis au travail plutôt littéralement ou plutôt en tapant à côté ? Cela varie-t-il ou avez-vous un penchant pour l’une ou l’autre de ces manières de proposer des photos non tant pour illustrer que déjà interpréter le thème de travail qu’annonce l’affiche ou que vos photos accompagnent, comme dans la revue ?

Je peux tout à fait dire que je lis le titre littéralement. Je suppose qu’il y a forcément une part d’interprétation, mais cela est-il incompatible ? Le thème de travail n’est pas interprété, alors que l’image l’est, puisque qu’elle vient appuyer une thématique, et non l’inverse. Je la fais s’adapter au mieux à la thématique, sans jamais dénaturer le sens premier de l’image ou l’intention du photographe. Pour que ce soit le plus juste possible, je la choisis souvent pour son universalité. En effet, son auteur témoigne, documente, interprète le monde à travers son objectif et en traduit sa vision subjective. Avec la photographie, plus qu’avec n’importe quel autre art, je suis très sensible à la relation qu’il établit avec son sujet à travers son approche du réel. Et c’est à partir de cette force liée à l’expérience du réel, souvent inconsciente d’ailleurs, que les deux disciplines – psychanalyse et photographie – s’assortissent de la sorte.

Mettre en regard images et concepts parfois pointus, mais toujours, il est vrai, articulés à la clinique, relève du défi, pour ne pas dire de l’impossible. N’est-ce pas justement ça, ce petit goût pour l’impossible, qui fait que vous y revenez ?

C’est un défi qui ne se heurte pas à l’impossible tant qu’il y a la saveur ! C’est justement cet appétit du challenge, l’envie de se surpasser qui m’anime. De plus, c’est un exercice stimulant de pouvoir proposer des éléments de langage en dehors de mon champ de connaissance en le transportant dans un autre. Cela m’apporte énormément. Il faut convaincre en une image ou série d’images, et ne pas en faire trop pour que l’image ne dévore pas le thème. Mais surtout lors de la rédaction des textes de présentation des travaux photographiques. Je ne suis pas habituée à manier des concepts psychanalytiques pour étayer mes propos. Mais au fil des mots, des descriptions, c’est tout à fait réjouissant et riche de flirter avec certains d’entre eux. Pour ma première participation à « La Cause du Désir » dont le thème était « Du concept dans la clinique », j’étais prise entre l’effroi de ne pas comprendre son sens, de vertiges face à la montagne qu’il fallait gravir, d’exaltation quand il s’est agi de trouver une série photo. Mais j’ai vite récupéré mon envie première, celle de simplement faire découvrir de merveilleuses œuvres et j’ai tout de suite pensé à une série que j’avais aperçue quelques temps auparavant en me promenant dans les allées de la foire Paris Photo… « Dans la poubelle de mon psy », s’intitulait-elle. Je trouvais que c’était une belle entrée en matière, faire un lien entre la photo et la psychanalyse.

 


 

Rencontre avec Léonor Matet,iconographe et rédactrice.


Depuis plus de dix ans, Léonor Matet apporte une touche visuelle et son regard d’iconographe pour illustrer les thèmes proposés par la Section Clinique-Paris-Ile de France pour sa journée d’étude annuelle. Par ailleurs, dans La Cause du Désir, elle s’est vue confiée une rubrique, « La Pause du Désir » et offre, par le biais de quelques images publiées tout au long de la revue et d’un texte de présentation, d’aller à la rencontre d’univers photographiques d’artistes dont le travail entre en résonnance avec le thème du numéro. Rencontre.

Anaëlle Lebovits-Quenehen :


Depuis des années, c’est vous qui inventez les affiches de la Journée annuelle de la section clinique Paris-Ile-de-France. Vous avez aussi proposé des photos dans un certain nombre de numéros de La Cause du désir dans la rubrique “La pause du désir”. Comment procédez-vous pour en interpréter les thèmes de travail ? Les appréhendez-vous à partir des photographes que vous connaissez déjà, ou allez-vous en chercher de nouveaux ? Et une fois lancée dans vos recherches, nous diriez-vous ce qui l’emporte et vous fait penser à un moment : “c’est ça !”, “c’est ce photographe”, et dans son œuvre, “ces photos-ci pour ce thème-là” ?

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Je peux tout à fait dire que je lis le titre littéralement. Je suppose qu’il y a forcément une part d’interprétation, mais cela est-il incompatible ? Le thème de travail n’est pas interprété, alors que l’image l’est, puisque qu’elle vient appuyer une thématique, et non l’inverse. Je la fais s’adapter au mieux à la thématique, sans jamais dénaturer le sens premier de l’image ou l’intention du photographe. Pour que ce soit le plus juste possible, je la choisis souvent pour son universalité. En effet, son auteur témoigne, documente, interprète le monde à travers son objectif et en traduit sa vision subjective. Avec la photographie, plus qu’avec n’importe quel autre art, je suis très sensible à la relation qu’il établit avec son sujet à travers son approche du réel. Et c’est à partir de cette force liée à l’expérience du réel, souvent inconsciente d’ailleurs, que les deux disciplines – psychanalyse et photographie – s’assortissent de la sorte.

Mettre en regard images et concepts parfois pointus, mais toujours, il est vrai, articulés à la clinique, relève du défi, pour ne pas dire de l’impossible. N’est-ce pas justement ça, ce petit goût pour l’impossible, qui fait que vous y revenez ?

C’est un défi qui ne se heurte pas à l’impossible tant qu’il y a la saveur ! C’est justement cet appétit du challenge, l’envie de se surpasser qui m’anime. De plus, c’est un exercice stimulant de pouvoir proposer des éléments de langage en dehors de mon champ de connaissance en le transportant dans un autre. Cela m’apporte énormément. Il faut convaincre en une image ou série d’images, et ne pas en faire trop pour que l’image ne dévore pas le thème. Mais surtout lors de la rédaction des textes de présentation des travaux photographiques. Je ne suis pas habituée à manier des concepts psychanalytiques pour étayer mes propos. Mais au fil des mots, des descriptions, c’est tout à fait réjouissant et riche de flirter avec certains d’entre eux. Pour ma première participation à « La Cause du Désir » dont le thème était « Du concept dans la clinique », j’étais prise entre l’effroi de ne pas comprendre son sens, de vertiges face à la montagne qu’il fallait gravir, d’exaltation quand il s’est agi de trouver une série photo. Mais j’ai vite récupéré mon envie première, celle de simplement faire découvrir de merveilleuses œuvres et j’ai tout de suite pensé à une série que j’avais aperçue quelques temps auparavant en me promenant dans les allées de la foire Paris Photo… « Dans la poubelle de mon psy », s’intitulait-elle. Je trouvais que c’était une belle entrée en matière, faire un lien entre la photo et la psychanalyse.

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Léonor Matet :


Tout d’abord, je voudrais revenir très succinctement sur les deux projets que vous évoquez, que je pourrais qualifier de « missions », pour lesquelles j’ai apporté mon expertise iconographique. Ces deux projets sont à la fois très similaires, par bien des aspects, et également dans leur modalité de recherche, mais leur appréhension est différente. Car d’un côté, il y a les affiches que je réalise pour la Journée annuelle de la section clinique Paris-IDF, pour lesquelles, une fois par an, et ce depuis plus de dix ans, je choisis une image. Une seule photographie qui prend alors le statut d’illustration, pour communiquer autour de l’événement. Communiquer au mieux, avec, à l’esprit, le titre précis que l’on m’a préalablement transmis.Quant à ma participation à la revue La Cause du Désir, je me suis vue confier la rubrique « La Pause du Désir », qui permettait de faire découvrir le travail d’un photographe, en cinq images, publiées tout au long de la revue, et d’avoir un espace pour pouvoir présenter son œuvre. Et en cinq photos, accompagnées d’un texte, on peut déjà être transporté dans un univers et raconter une histoire. Et dans ce cas-ci, c’est le thème général de la revue qui m’oriente dans ma première phase de recherches. C’est une complémentarité très intéressante car on ne recherche pas une photographie de la même manière si elle doit tout dire en un seul champ visuel – et surtout ce que l’on veut lui faire dire – ou si l’on peut, même en survolant, s’immerger dans un travail qui rentre dans le thème d’un numéro. Quant à la méthode de recherches, son processus est semblable. Le titre ou thème en tête, je passe d’abord en revue les travaux de photographes que je connais, qui me plaisent. L’envie de départ est toujours la même : faire découvrir des œuvres, avant même d’en interpréter leur contenu. Certaines photographies s’imposent à moi, rapidement après avoir pris connaissance du sujet. Ce sont le plus souvent des œuvres de photographes, soit que je connais et dont j’ai croisé la route au cours de ma carrière d’une manière ou d’une autre, dans des expositions, des foires photo, des festivals, des conférences…, mais si je ne suis pas convaincue, cela peut arriver que ce soit plus long. Dans les deux cas, j’effectue quoiqu’il en soit une recherche pour trouver la meilleure photo ou sélection. C’est très instinctif comme démarche, cela colle ou cela ne colle pas. Mais quand c’est évident, quand le « C’est ça ! » s’impose, je ne peux plus revenir en arrière ! Et je pense que c’est l’émotion qui prend le pas dans la décision, car il y a une approche sensorielle à la photographie qui est inéluctable. Puis, je contacte l’artiste, directement ou par l’intermédiaire de sa galerie, et je dois avouer que jusqu’à présent je n’ai essuyé qu’un seul refus. Ma demande est souvent très bien reçue, certes, car il est important pour une ou un photographe de diffuser son travail mais j’ai le sentiment que cela va bien au-delà. Ils sont curieux de sortir de leur terrain d’action habituel et intéressés par la rencontre d’un autre public. Il y a presque à chaque fois un enthousiasme manifesté qui accompagne leur accord. Celui de transporter leur œuvre dans le champ de la psychanalyse. Les liens sont ténus entre ces deux domaines et je crois sincèrement que c’est plus le sujet-artiste que le sujet-producteur d’images qui me répond avec un grand OUI !

Lisez-vous le titre qui y sera mis au travail plutôt littéralement ou plutôt en tapant à côté ? Cela varie-t-il ou avez-vous un penchant pour l’une ou l’autre de ces manières de proposer des photos non tant pour illustrer que déjà interpréter le thème de travail qu’annonce l’affiche ou que vos photos accompagnent, comme dans la revue ?

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au magazine Polka.

Après des études en histoire de l’art, et deux ans passés à La maison rouge – Fondation Antoine de Galbert, elle s’est occupée de la production des expositions au sein de l’agence Magnum Photos, de la coordination éditoriale de L’Œil de la Photographie, avant de rejoindre l’équipe de Polka, un magazine trimestriel consacré à la photographie qui témoigne, explique, décrypte l’actualité.

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Après des études en histoire de l’art, et deux ans passés à La maison rouge – Fondation Antoine de Galbert, elle s’est occupée de la production des expositions au sein de l’agence Magnum Photos, de la coordination éditoriale de L’Œil de la Photographie, avant de rejoindre l’équipe de Polka, un magazine trimestriel consacré à la photographie qui témoigne, explique, décrypte l’actualité.

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