AMSC

Après-midi de la Section Clinique 2017

CONVERSATION CLINIQUE SUR LE THÈME
La dépression
Signal d’alarme ?
Trouble de l’humeur ?
Affect ?

La dépression, comme entité nosographique, a envahi les discours relatifs au malaise dans la civilisation contemporaine. Ce terme, omniprésent dans le langage est corrélé à l’intrusion d’échelles de mesure pseudo-diagnostiques qui tentent de combler le vide et la régression des classifications psychiatriques. Sujets déprimés, dépressifs : un peu, beaucoup, pas du tout. On prône la dépression comme un générique qui collectivise là où gagne la dispersion. Elle fabrique des coupables du ratage dans un monde qui produit sans cesse des objets pour jouir. Autrement dit, c’est une pathologie qui fait objection à l’impératif contemporain du bonheur. La dépressioncomme maladie, comme épidémie, est ainsi devenue une véritable valeur de marché visant à coter l’efficacitédes antidépresseurs et autres pilules du bonheur et àproduire une langue commune, hors étiologie, entre chercheurs et cliniciens.1

Néanmoins, dans la clinique psychanalytique ce que se fait entendre est que la dépression est d’abord, une pression subie par l’être parlant dans le ratage du rapport sexuel, du manque à être. Notre référence est donc plutôt L’Éthique2 de Spinoza. Elle est la marque d’un vidage, un « en moins » mais aussi d’un « en plus » si l’on consent au fait qu’elle est un voile, une dérobade du sujet qui cède sur son désir laissant à nuson être de jouissance.

Notre orientation psychanalytique questionne, au singulier de chaque cas, comment les affects dépressifs désignent le rapport à la jouissance commeétant au delà du principe de plaisir. Lacan traite l’affect dépressif avec la série angoisse, tristesse, gai savoir. La dépression n’est ni plus nimoins considérée comme la tristesse qui est une faute morale « une lâcheté morale qui ne se situe en dernier ressort que de la pensée, soit du devoir de bien dire ou de s’y retrouver dans l’inconscient, dansla structure. » 3 « Pour peu que cette lâcheté, d’être le rejet de l’inconscient, aille à la psychose, c’est le retour dans le réel de ce qui est rejeté, du langage…4 ». Et l’affect devient « trouble de l’humeur lorsque c’est l’Autre qui se trouve lâché dans ce rejet del’inconscient »5.

A travers l’analyse des cas cliniques, l’Après Midi d’Études de la Section Clinique Paris-Île-de-France, qui se tiendrale samedi 7 octobre, au 92 boulevard du Montparnasse,75006 nous donnera l’occasion d’aborder ces questionsdans une approche différentielle qui visera à faire saillir la singularité de chaque cas.

Beatriz VINDRET

 

1. CROZALI, C : La dépression, affect central de la modernité. Presses Universitaires de Rennes, 2010, p. 114.
2. SPINOZA, B : L’Ethique . Paris, Flammarion, 1965.
3. LACAN, J : Television, Paris, Seuil, 1973, p 39.
4. Ibidem, p. 405. SKRIABINE, P : La dépression un bon heurdu sujet ? La Causefreudiennne N° 35, 1997, p. 22.