AMSC

Après-midi de la Section Clinique 2010

NOUVELLES PATHOLOGIES
QUELS OBJETS ?
QUEL SUJET ?

Périodiquement, des phénomènes pathologiques requièrent l’attention dans le champ médico-social. Les uns se caractérisent par un usage immodéré d’objets dont notre société consumériste est prodigue – au trio classique (drogue, médicaments, nourriture) s’adjoignent ces gadgets où l’incidence de la science et de la technologie est particulièrement sensible (citons les engouements irrépressibles qu’ils peuvent susciter pour les jeux vidéo et divers usages de l’Internet). Les autres, par une déprise plus ou moins sévère d’avec certains secteurs de l’organisation sociale (dépression, hyperactivité, déchaînement de violence, dont une modalité propre à de très jeunes collégiens s’observe depuis peu).

Sont-ce des symptômes ? Non, dans l’acception du symptôme comme articulation de langage et que volatiliserait le déchiffrage du sens qu’il recèle. Oui, dans la mesure où le symptôme comporte une face de satisfaction, qu’il est aussi jouissance. Ici, il s’agit d’une autre fonction du symptôme, celle d’appareiller la jouissance1; et la fonction de l’objet a lacanien, venu aux commandes des modes de jouir promus par la culture, y est déterminante. La psychanalyse, attentive à ces nouvelles pathologies, les admet comme des nouveaux symptômes, pour autant qu’ils satisfassent à la fonction de fixation de la jouissance.

Il y a des phénomènes pathologiques qui n’y satisfont pas: échappant à la constitution d’un symptôme; excédant les limites de sa catégorisation, tels la jouissance autoérotique de l’autiste ou les débordements de jouissance de certains passages à l’acte violents2, qui, l’un et l’autre, font apercevoir a contrario que mieux vaut y regarder à deux fois avant de décréter l’éradication d’un symptôme.

La nosographie du DSM – véritable machine à produire des pathologies, fabrique sous la notion ambiguë de trouble des listes qui amalgament pathologies bien définies et désordres existentiels les plus variés. Elle a une influence aussi, comme l’explique le président de l’Association américaine de psychiatrie, « sur la nature des recherches menées et sur les méthodes employées » . Sans compter ses répercussions juridiques, industrielles et de santé publique3. Cette marchandisation des pathologies contribue-telle à la formation de nouveaux symptômes ?

Quatre participants à la Section clinique tenteront de cerner à partir de leur expérience cet enjeu : du symptôme social au symptôme individuel, la reconquête par un sujet de sa singularité.

 

1 Jacques-Alain Miller et Eric Laurent, « L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », cours d’orientation lacanienne 1996-1997 (inédit). Le concept d’appareil du symptôme a été précisé par Jacques Alain Miller lors de la Conversation d’Arcachon. Cas rares. Les inclassables de la clinique, Agalma éditeur, 1997, p. 175 sq.
2 « Symptôme et lien social dans la psychose : Alfredo Zenoni », Bilbao 2004, site de la Rencontre du Champ freudien 2005 (consulté en avril 2010), http://ri2005.champfreudien.org/index.php?nav=146.
3 Propos de A. Schatzberg cités dans le Courrier International, n°100 du 4 -10 mars 2010, p. 42.