AMSC

Après-midi de la Section Clinique 2009

Les nœuds de la parenté,
Entre le métissage des civilisations et les langages de la science.

Le discours de la science a rendu particulièrement explicite la discontinuité entre famille et modes de reproduction. Les liens de parenté sont marqués par cette discontinuité. Ces nouvelles formes de parenté sont sans cesse remaniées par des techniques scientifiques et médicales de plus en plus inventives et performantes qui séparent le réel de la reproduction du symbolique de la filiation. Lacan avait éclairé les fondements de la famille à l’aide du Nom-du-Père, du Désir de la Mère et des objets a, le Nom-du-Père étant l’opérateur de l’articulation de la loi dans le désir. La psychanalyse n’oppose pas la loi et le désir. Mais aujourd’hui la fonction paternelle peine à capitonner le nom avec le réel. Il ne s’agit pas là du réel de la biologie mais de celui de la jouissance qui éclaire particulièrement « la fonction de résidu que soutient (et du même coup maintient) la famille …1 . Mais finalement, pour Lacan tel que l’a élucidé Jacques-Alain Miller2, le Nom-du-Père est, soit un semblant, soit un symptôme de la non existence du rapport sexuel. C’est dire que toute la construction œdipienne n’est qu’un roman de la perte de jouissance.

A la métaphore du père répond la métonymie de la jouissance. Penser la famille à partir de la fonction de résidu implique de se séparer de la perspective historique ou sociologique. Ce résidu qui est la famille noue mère, père et enfant. Le terme de résidu fait rupture avec l’idéal. Dès les années 30, Lacan prenait ses distances avec le familialisme. Il écrivait ainsi, en 1938 : « Nous ne sommes pas de ceux qui s’affligent d’un prétendu relâchement du lien familial . Mais un grand nombre d’effets psychologiques nous semblent relever d’un déclin social de l’imago paternelle. Déclin conditionné par le retour sur l’individu d’effets extrêmes du progrès social… »3 . Dans ce texte4, Lacan critique le complexe d’Œdipe en tant que mythe, ne le considérant pas comme invariable et le faisant dépendre des formes d’évolution de la civilisation. C’est ici que s’ouvre l’espace du métissage. Nous pouvons ensuite lire son enseignement comme un mouvement d’élaboration de la place du père et de l’organisation familiale à partir de l’objet a puis de l’importance reconnue à lalangue.

Comme génératrice des liens de parenté, la famille incarne ce que Lacan a formalisé comme le lieu de l’Autre. C’est le lieu de l’Autre de la langue et précisément pour cela « la famille traduit que le besoin doit passer par la demande »5 . Comme le faisait remarquer É. Laurent6, l’histoire de la parenté est devenue celle de l’alliance homme/femme et la valorisation de la place de l’enfant dans le fantasme des parents s’en déduit.

À travers les cas cliniques exposés lors de cet après-midi d’études, nous tenterons d’aborder et d’éclairer par notre orientation quelques-unes des modalités actuelles des nœuds et nouages de la parenté et nous interrogerons la question de la paternité dans les formes contemporaines de la famille.

 

1 LACAN J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001,p.373.
2 MILLER J.-A., « Petite introduction à l’au delà de l’Œdipe », La Cause freudienne n°21, Paris, Seuil 1992.
3 LACAN J., : « Les complexes familiaux », Autres écrits., op. cit., p 60.
4 Op cit
5 MILLER J.-A. : « Affaires de famille dans l’inconscient » Lettre mensuelle n°250, p.96 LAURENT É., : Le Nom-du-Père entre réalisme et nominalisme, La Cause freudienne n°60, Paris, Seuil, 2005, p 131-149.