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IRONIK 31, Le rire d’Éole

L’impact d’un savoir

Alice Delarue

Comment cerner le particulier du savoir issu de la clinique psychanalytique ? Dans son texte « Ouverture de la Section clinique 1 », Lacan indique que sa base, c’est « ce qu’on dit dans une psychanalyse ». Mais pour que ces dits ne restent pas illusion, et puissent prendre parfois statut de « quelque chose qui soit du dire, c’est-à-dire qui importe dans le réel », il s’agit que cette clinique, ajoute Lacan, aille vers « le discernement de choses qui importent et qui seront massives dès qu’on en aura pris conscience 2 ». Il faut pour cela pouvoir s’orienter dans la « colle » du bavardage, dans le « chewing-gum » de la langue, et tracer sa voie en direction de l’inconscient réel – « L’inouï, c’est garde ses trucs ».

Il ne s’agit pas pour autant de dire, poursuit Lacan dans ce texte, « que quand on fait de la psychanalyse, on sait où on va. La psychanalyse, comme toutes les autres activités humaines, participe incontestablement de l’abus. On fait comme si on savait quelque chose » – car la psychanalyse ne relève pas du discours scientifique. La clinique psychanalytique est, nous dit Jacques-Alain Miller dans le « Prologue de Guitrancourt 3 », un « savoir empirique, inséparable de l’histoire des idées », et notamment des trésors de la psychiatrie classique et de la littérature analytique. Elle est aussi liée à un savoir nécessairement subjectivé, et c’est en quoi le psychanalyste a à rendre raison « de la façon dont il se dirige dans ce champ freudien 4 ».

Voilà qui ne manque pas de poids, à l’époque où flottent des savoirs qui se veulent athéoriques et promettent la possibilité d’une maîtrise pratique.

 

1 Lacan J., « Ouverture de la section clinique », Ornicar ?, Paris, Lyse, n° 9, avril 1977.
2 Ibid., p. 7.
3 Miller J.-A., « Prologue de Guitrancourt », 1988, disponible sur le site Uforca : https://www.lacan-universite.fr/prologue-de-guitrancourt-par-jacques-alain-miller/
4 Lacan J., « Ouverture de la section clinique », op. cit., p. 8.